Moyen Âge & Croisades

Sur les champs de bataille, les cris !

Au cœur de la bataille, en pleine chevauchée ou de la mêlée, lors de corps à corps au milieu d'une piétaille grouillante, il n'est de combattant qui ne ressente de la confusion. Assourdi par le choc des épées, des poignards, dagues et des masses sur les boucliers et les heaumes, mais aussi par les gémissements de ceux qui sont tombés, il n'arrive même plus à discerner qui affronter. Il attend un signal fort pour retrouver ses esprits et se ressaisir : un CRI !
BL Cotton MS Nero E II folio 152v - Bataille de Crécy #Terressens
BL Cotton MS Nero E II folio 152v - Bataille de Crécy
FR2643 folio 165 #Terressens
FR2643 folio 165

Ils tirèrent les épées et crièrent « À la mort, à la mort ! » [...]

sans penser un instant qu'ils seraient bientôt les premiers concernés par une telle bravade.

En ce mois d'août, Philippe VI de Valois s'apprête à affronter son rival anglais, Édouard III, non loin de Crécy, dans l'actuel département de la Somme.

En raison de leur forte supériorité numérique, les Français sont sûrs d'eux.

La victoire est si évidente en leurs esprits que de nombreux seigneurs ont alors en tête de jouer les héros et de briller individuellement plutôt que d'obéir aux maréchaux qui mènent l'ost et ordonnent toutes dispositions sur le champ de bataille.
FR2643 folio 164v #Terressens
FR2643 folio 164v

Philippe VI et ses maréchaux essaient néanmoins, mais en vain, de ramener l'ordre.

[...] Sire, il feroit bon que vous fissiez entendre à ordonner vos batailles.[...]

Mais, emporté par leur fougue, les plus impétueux n'entendent même plus les cris de ralliement des chevaliers bannerets.
FR2643 folio 165 #Terressens
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[...] Arrêtez bannières, de par le roi, au nom de Dieu et de Saint Denis.[...]

Face à eux, conscients de leur effectif plus faible, les Anglais, a contrario, s'organisent. Divisés en trois corps, dont les archers au premier rang disposés tels un buisson d'épines, ils font mine de ne pas entendre les menaces de mort que profèrent les chevaliers bravaches. Ils attendent patiemment que le moment soit venu.

L'Histoire leur donne raison puisqu'ils infligent à la France une cuisante défaite.
FR2643 folio 165 #Terressens
FR2643 folio 165
Dans sa description, le chroniqueur Jean Froissard fait allusion au chevalier banneret, lequel - comme l'indique son titre - porte haut la bannière fixée sur une lance, à seules fins que tous la voient et s'y rallient, bannière dont la dimension et la forme carrée la distinguent des pennons, oriflammes et étendards des vassaux en présence, tous portés par des chevaliers dits bacheliers.

Le banneret a aussi pour privilège d'être celui qui lance les cris de guerre assorti de la devise de son suzerain, ce qui lui confère, outre les honneurs, un des titres les plus hauts en chevalerie.

Était-ce efficace ? L'exemple de Crécy où l'armée française perdit quatre-vingts bannerets, semble montrer que non. Même constat en 1415, à Azincourt autre mémorable défaite française, où ils furent cent-vingt à périr sous les flèches anglaises, face aux arbalètes de l'ost français, moins efficaces car trop lentes à retendre.

L'usage des crieurs présentait plusieurs inconvénients. Ils n'avaient pas tous le même cri, lequel, de surcroît, était émis sous un casque qui déformait la voix et en limitait la portée.

De la logique du cri


Le banneret commence généralement par recommander son suzerain, par son titre, « roy » à Crécy ou par le nom de sa lignée, parfois sa province, « Bigorre » pour les rois de Navarre, une capitale ou ville importante, « Bordeaux » pour les Gascons.

Quand il s'agit de l'ost royal, les cris sont plus unanimes avec évocation incontournable de saint Denis généralement précédée de l'interjection « Montjoie ».

Plus rassembleuses encore, les croisades ne laissaient entendre qu'un seul cri : « Diex el volt » (Dieu le veut).

Le cri est aussi pour beaucoup un moyen de jouer les fiers, au moyen de formules non dénuées de saveur poétique, voire d'un second degré : « Passavant li meillor » pour Thibaut de Champagne, « Nul ne s'y frotte » pour le sire de Créquy.

Parfois le cri évolue quand l'affrontement tourne mal et nécessite de battre en retraire. Le banneret crie alors « À moi » suivi de l'entité en mauvaise posture « À moi Melun », pour l'ost des comtes éponymes.

Certains duc normands, en toutes circonstances, faisaient proclamer un vibrant « Dieu ayes » (Dieu nous aide !).

Ces mêmes cris de bataille ou de ralliement finiront par devenir obsolètes mais survivront en tout ou partie dans certaines devises, telles celle de la ville d'Orthez « Tocquoy si gauses » (touches-y si tu l’oses) qui, selon une légende, aurait été empruntée à Gaston VII de Moncade alors qu'il haranguait le roi anglais, venu l'assiéger. Elle est parfois attribuée à Gaston Phœbus.
FR6465_folio 456r #Terressens
FR6465_folio 456r

Autre exemple de devise qui transforme un homme peu gâté par la nature, en héros de l'histoire de France : Bertrand Duguesclin (ca 1320-1380)

Dat virtus quod forma negat
La vertu donne ce que la forme nie

S'il n'est pas attesté qu'il en fit un cri, Bertrand Duguesclin eut droit à la bannière sur sa tente pour que tous se recueillent sur sa dépouille, suite à son décès en juillet 1380 lors du siège de Châteauneuf-de-Randon, après avoir bu une eau de source trop froide.

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Qui n'a pas rêvé d'être un jour ce chevalier, pourfendeur de dragons, héros des champs de batailles, combattant aguerrit, stratège et visionnaire, craint et aimé. Période de renouveau et de découvertes, précurseur des révolutions commerciales et intellectuelles, le Moyen Age est un formidable terrain de jeux pour qui sait s'ouvrir aux passions, aux grandes épopées, à l'engagement et à l'Histoire. Du roi Arthur aux Templiers, l'épée a toujours été le signe distinctif du Chevalier. Transmise de père en fils, offerte par le seigneur, dédiée à une cause, son symbole a traversé le temps pour arriver à vous aujourd'hui. Et parce que le Moyen Age ne se limite pas aux combats, laissez-vous embarquer dans la découverte d'ouvrages à feuilleter et de châteaux et de lieux à visiter.

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