Samouraïs & Katanas

La métallurgie du sabre japonais (bien choisir son katana, 1ʳᵉ partie)

Différents critères peuvent participer au choix d’un katana (刀). Son utilisation dans une pratique martiale ou sportive ainsi que le niveau du pratiquant l’influencent considérablement. Son poids, son point d’équilibre, sa fabrication (matériaux et caractéristiques mécaniques) sont autant de critères qu’il faut prendre en considération pour bien choisir son sabre japonais ou Shinken (真剣, katana contemporain).
Bien choisir son katana : la métallurgie du sabre japonais | Samouraïs & Katanas | #Terressens
Opération de forge traditionnelle
Au cœur de toute arme blanche se trouve la lame. Le katana n’échappe pas à cette simple règle. Sa fabrication est donc très importante car elle conditionne sa qualité et son prix. Le choix des matériaux (aluminium, acier au carbone, acier inoxydable...), le type de forge (homogène, composite, feuilletée) et le traitement thermique (classique ou différentiel) conditionnent la qualité des lames. Dureté et souplesse sont deux caractéristiques qu’il est difficile de combiner. L’art de la métallurgie est de maitriser les différentes étapes de fabrication pour les associer. Il est en effet crucial que le fil de la lame soit tranchant et très résistant. Mais la lame ne doit pas se briser au moindre choc par excès de dureté. Elle doit absorber les coups et donc posséder une certaine souplesse.

ARTE | Le Katana, sabre de Samouraï (2005)

Le Katana, sabre de Samouraï

Au Japon, gros plan sur la fabrication et le maniement du katana, le sabre traditionnel des samouraïs et des shoguns, dont l'art est toujours enseigné depuis des siècles.
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Le choix des matériaux

Par définition, l’acier est un alliage de fer et de carbone. Le pourcentage de carbone conditionne ses principales caractéristiques mécaniques dont la dureté. Comme en construction mécanique, la teneur en carbone des lames de katanas varie de 0.45 % (nuance 1045, XC42 ou XC45 dans la désignation française) à 0.95 % (nuance 1095 ou XC95). L’acier 1045 est un acier « dur » alors que les nuances 1060 et 1095 sont classées dans la catégorie des aciers « extra-durs ». Attention toutefois à ne pas prendre ce critère comme seul déterminant de votre choix. En effet, un acier extra-dur comme le 1095 peut présenter une propension à la fragilité en particulier du fil de la lame. Une bonne pratique est vivement conseillée avant d’expérimenter le comportement des lames réalisées avec différents types d’aciers. Le premier élément qui participe à un bon exercice de coupe reste le niveau de pratique. Avant de s’aventurer avec des aciers sophistiqués, il faut donc travailler la maîtrise du mouvement sans oublier la sécurité du pratiquant et de son environnement direct.
Magnétite naturelle (Fe₃O₄), composant principal du Satetsu (砂鉄) permettant de fabriquer le Tamagane (玉鋼) #Terressens
Magnétite naturelle (Fe₃O₄), composant principal du Satetsu (砂鉄) permettant de fabriquer le Tamagane (玉鋼)

Traditionnellement, le katana japonais est fabriqué à partir d’un minerai particulier qui se présente sous forme de gravier ou de sable fin noir. Le Tamahagane (玉鋼) représente la partie la plus noble de ce minerai, extrait dans le Tatara (鑪), bas fourneau traditionnel japonais. La réduction du minerai dans le four permet, en cinq jours (un pour préparer les parois, trois pour fabriquer l’acier et un pour l’extraire du fourneau) d’obtenir un acier lourd, dense, d’aspect brillant argenté et de structure cristalline. Cette technique ne permet pas d’uniformiser la teneur de carbone au cœur de la matière. Le feuilletage (qui consiste à replier l’acier suis lui-même plusieurs fois) permet d’obtenir un acier composite d’excellente qualité.

Les caractéristiques mécaniques de l’acier peuvent être modifiées en ajoutant des adjuvants comme le chrome ou le molybdène. Ces deux éléments chimiques (respectivement Cr et Mo dans le tableau périodique de Mendeleïev) permettent, selon leur dosage, de rendre l’acier inoxydable. Cette protection du métal contre la rouille n’est pas absolue mais permet d’éviter l’entretien indispensable de l’acier classique (film d’huile que l’on place à l’aide d’un kit d’entretien). Comme pour l’acier de construction, un traitement thermique peut augmenter la résistance et la dureté de l’acier inoxydable. Les lames des katanas de décoration sont fabriquées avec ce type d’acier, généralement de l’acier 440A (0.6 à 0.7 % de carbone, 15 à 18 % de chrome et 0.7 % de molybdène). Il existe bien d’autres nuances d’acier inoxydable utilisées notamment en coutellerie. Citons l’acier 440C (0.95 à 1.20 % de carbone, 16 à 18 % de chrome et 0.4 à 0.80 % de molybdène), désigné Z100CD17 en France. L’inox peut également être utilisé dans la fabrication des lames d’entraînement. Ayant le même poids, le sabre peut ainsi procurer la même sensation sans imposer son entretien régulier.

L’aluminium est également utilisé pour la fabrication des lames de katana. Son poids léger le rend très bien adapté pour les débutants ou pour travailler le mouvement sans effort ni fatigue. En revanche, ce métal ne permet pas d’affûtage. Il est donc exclusivement réservé à la fabrication des lames de Iaïtōs (居合刀, armes d’entraînement utilisées pour la pratique du Iaïdō (居合道, l’art de dégainer le sabre).

La forge

Les lames de katanas sont traditionnellement forgées. Aujourd’hui, les lames en acier inoxydable et en aluminium sont moulées, matricées (avec une presse) ou usinées. Mais concentrons-nous sur la tradition japonaise.

Le travail de forge vise à prendre un morceau d’acier et à lui donner certaines caractéristiques mécaniques en même temps qu’une forme particulière. La forge simple utilise un acier de construction homogène (1045, par exemple). Elle peut être manuelle (avec une masse) ou assistée par une presse mécanique ou hydraulique. Ce type de forge homogène, appelée Maru, est la version la plus simple mais apporte déjà différentes variantes par le choix d’acier utilisé.

L’étape de forge peut faire intervenir plusieurs types d’acier. Il est possible d’insérer un acier tendre au cœur d’un acier dur ou l’inverse. Ce type de forge composite permet d’associer les caractéristiques de chaque acier. Un acier de type 1045 au cœur, entouré d’un acier extra-dur (1060 ou 1095) en surface permettront un meilleur comportement de la lame (association souplesse et dureté). La forge composite peut être réalisée en 3 (Kobuse-Gitae), 5 (Soshu-Kitae) ou 7 couches.

Comme nous l’avons expliqué plus haut, la forge traditionnelle japonaise passe par un minerai particulier, une extraction dans un four dédié et une forge particulière qui plie et replie l’acier sur lui-même. On parle alors d’une forge feuilletée. C’est la forme la plus sophistiquée et qui correspond à la qualité japonaise. On parle parfois de Damas japonais.
Forge damassée à partir de plusieurs plaques d'acier soudées #Terressens
Forge damassée à partir de plusieurs plaques d'acier soudées

L’acier forgé Damas est traditionnellement produit par le pliage de l’acier sur lui-même et un étirage régulier permettant d’éliminer les impuretés du métal. On alterne donc le pliage et l’étirement, comme en pâtisserie. Le vrai Damas, appelé wootz, trouve son origine en Inde et au Moyen-Orient (d’où son appellation). Aujourd’hui, le Damas représente également une forge utilisant plusieurs nuances d’acier soudées et forgées. Cette opération permet d’obtenir des motifs complexes sur les flancs de la lame. Ceux-ci sont généralement peu visibles et doivent être révélés par un procédé chimique (le plus souvent à l’acide).

Le traitement thermique

Pose de l'argile pour le traitement thermique différentiel #Terressens
Pose de l'argile pour le traitement thermique différentiel

Le traitement thermique permet de conférer à l’acier ses caractéristiques particulières de dureté. En chauffant et en refroidissant le métal, il est ainsi possible d’augmenter sa durabilité. On parle de traitement thermique homogène pour identifier la méthode la plus simple de le réaliser. La chauffe et le refroidissement produisent une répartition identique des caractéristiques mécaniques de la surface vers le cœur du métal.

La forge traditionnelle japonaise passe par une trempe à l’argile. Déposé sur la partie à protéger de la trempe (généralement le dos de la lame), il permet d’obtenir une dureté plus importante sur la partie non protégée (exposée à la trempe). L’argile étant un matériau réfractaire, la zone protégée sera moins trempée, donc moins dure à l’issue de l’opération. On parle alors d’une trempe différentielle. C’est cette opération qui permet d’obtenir la ligne de trempe (Hamon 刃文), frontière discrète que l’argile a produit entre la zone dure et la zone moins trempée. Dans la grande majorité des katanas modernes (Shinkens), la ligne de trempe est obtenue artificiellement lors de l’affûtage.

Le polissage et l’affûtage

Le katana, sabre japonais des samouraïs, est réputé pour être aiguisé comme un rasoir. Cette opération traditionnellement réalisée à la main par un maître de l’art, permet d’obtenir la finition miroir de ‘acier ainsi que ce fil tranchant si particulier (Ha 刃). De nos jours, la majorité des katanas sont affûtés de manière mécanique. Celle-ci permet de faire apparaître la fausse ligne de trempe, rendue visible par la différence entre ce qui est affûté et ce qui ne l’est pas.


Que ce soit pour une collection ou un usage d’entraînement à la pratique du sabre, les différentes étapes de la fabrication d’une lame de katana conditionnent sa qualité et donc son prix. Les indications techniques vous permettent désormais de mieux identifier les différentes gammes de katanas. Les conseils d’un pratiquant restent toutefois une aide très appréciable pour éviter les pièces des termes techniques et abus de langages.

Philippe Contal
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Sébastien Camus (Bujinkan Kageryu dōjō - Dōjō des Ombres, Carpentras, France) pratiquant le Battōdō, l'art de la coupe au katana (photographie : Philippe Contal, 2014) #Terressens
Sébastien Camus (Dōjō des Ombres, Carpentras, France) pratiquant le Battōdō, l'art de la coupe au katana (photographie : Philippe Contal, 2014)

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Samouraïs & Katanas

Les samouraïs (侍) sont au cœur l'histoire du Japon. Pendant près de sept siècles (1185 - 1867), ils en dominèrent la société. De tous leurs attributs, ces guerriers chérissaient par-dessus tout leurs deux sabres : le katana (刀) et le wakizashi (脇差). Ensembles, ils forment un daishō (大小). Pour les spécialistes et passionnés, le katana est l'arme la plus tranchante qui ait jamais existé.

Les fonctions des samouraïs ont évolué dans le temps, passant de guerriers alternatifs à un système de conscription inefficace à une véritable strate dominante de la société japonaise. Leurs habillements, protections et armes se sont modifiées, s'adaptant de la situation de cavalier portant une armure au mode sédentaire en kimono.

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