Technique & Métier

Je suis forgeron, fier de son métier

Perçu comme étrange et mystérieux, voire diabolique, puisqu'il transforme les éléments avec le feu, le forgeron est un personnage incontournable auquel chevaliers et tous combattants doivent une grande partie de leur équipement.
Je suis forgeron | Technique et métier | #Terressens
« Car armes demandent métier » (in dits de Watriquets - c1330- Arsenal Ms 3525 - folio 139v)
« Car armes demandent métier » (in dits de Watriquets - c1330- Arsenal Ms 3525 - folio 139v)
in psautier de Gorleston (BL Add Ms 49622 folio 193)
in psautier de Gorleston (BL Add Ms 49622 folio 193)
© Forge Cyril Smolak https://www.facebook.com/cyril.smolak.5 (photo : Hervé Berteaux)
© Forge Cyril Smolak

Depuis une nuit des temps fort longue, d'un minerai ferreux extrait des entrailles de la terre et par l'action du feu de mon bas fourneau, je purifie le fer et le travaille pour que prennent formes tant les objets de métal les plus usuels que les armes les plus sophistiquées.

À me voir ahanner, à considérer mon visage noir de sueur et de suie, quand je frappe sur l'enclume la pièce de métal rougie par le feu, quand elle crache force étincelles sous les coups de marteau, quand je la trempe encore et toujours dans un baquet d'eau froide avant de la plonger de nouveau dans les flammes de ma forge au milieu des charbons incandescents, ne croyez pas que ce soit de simples séries de gestes accomplis sans réflexion.

Car, sans en connaître la science exacte, mais par la sapience que procure une longue expérience, je devine, rien qu'à la couleur du métal et rien qu'à la note que produit à son contact l'outil de frappe, l'instant précis où je passe d'une opération à une autre.

Je sais aussi m'arrêter au moment précis quand le fer est suffisamment nourri des poussières du carbone provenant de la combustion du charbon de bois pour devenir l'acier le plus subtil, celui où l'équilibre entre dureté et souplesse est atteint, celui où la lame de l'épée ne casse plus et devient arme infaillible.

« Qu'on doit l'ouvrier connaître à l'œuvre » (in dits de Watriquets - c1330- Arsenal Ms 3525 - folio 131v)
« Qu'on doit l'ouvrier connaître à l'œuvre » (in dits de Watriquets - c1330- Arsenal Ms 3525 - folio 131v)
Codex 2554 folio 37r - XIIIs - Österreichische Nationalbibliothek
Codex 2554 folio 37r - XIIIᵉ siècle
Österreichische Nationalbibliothek

Et je vais plus loin encore en forgeant ensemble plusieurs couches de métal, les unes de fer et les autres d'aciers aux divers dosages de carbone. Ainsi m'approché-je d'une perfection pour laquelle les chevaliers les plus nantis dont j'ai l'estime sont prêts à bourse desfermer jusqu'à des prix comparables à ceux d'un troupeau tout entier.

Cette quête d'absolu n'est cependant pas sans contrepartie. Alors que rougoie nuit et jour mon âtre, par craintes d'incendies qui se propageraient dans tout le village, le mien logis-atelier est isolé des autres bâtisses.

Il est même sis au plus près d'une rivière dont je peux, le cas échéant, user de la force de ses flots pour actionner la meule qui broie les minerais.

Cette légitime prudence a pour effet que je vis à l'écart et pour navrante conséquence que je deviens suspect aux yeux du commun.

Car j'ai beau consacrer mon énergie et celle du feu pour élaborer les armes de ceux qui défendent de nobles et divines causes, cette situation engendre de la méfiance. En nombre d'esprits suspicieux, mes secrets de fabrication deviennent mystères et pis encore, maléfices inspirés par le Diable en personne.

Que n'ouis-je à mon encontre, sornettes, contes et menteries où j'apprends que mon âme est vendue au malin, que la nuit, je me transforme en loutre¹ pour massacrer poissons et transformer l'onde tranquille en flots rougis de sang.

Qu'y puis-je faire sinon rester opiniâtre et constant en ma noble et digne tâche, ne serait-ce que pour clamer encore et toujours :
Je suis forgeron, fier de son métier !

Hervé Berteaux
La Gazette

¹ Conte gascon recueilli par Jean-François Bladé (1827-1900). Le conte prend place au lieu-dit du Pont de Pile au bord du Gers en contrebas de la ville de Lectoure
Matricula societatis fabrorum civitatis bononiae  - folio29a - XIVᵉ s. Bologne
Matricula societatis fabrorum civitatis bononiae - folio29a - XIVᵉ s. Bologne

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Qui n'a pas rêvé d'être un jour ce chevalier, pourfendeur de dragons, héros des champs de batailles, combattant aguerrit, stratège et visionnaire, craint et aimé. Période de renouveau et de découvertes, précurseur des révolutions commerciales et intellectuelles, le Moyen Age est un formidable terrain de jeux pour qui sait s'ouvrir aux passions, aux grandes épopées, à l'engagement et à l'Histoire. Du roi Arthur aux Templiers, l'épée a toujours été le signe distinctif du Chevalier. Transmise de père en fils, offerte par le seigneur, dédiée à une cause, son symbole a traversé le temps pour arriver à vous aujourd'hui. Et parce que le Moyen Age ne se limite pas aux combats, laissez-vous embarquer dans la découverte d'ouvrages à feuilleter et de châteaux et de lieux à visiter.

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